On reste assis huit heures devant un écran, on se lève, on sent une barre dans le bas du dos. Le réflexe classique, c’est de s’allonger et d’attendre. Les recommandations cliniques internationales disent exactement le contraire : l’exercice physique est le traitement de première intention pour la lombalgie, quel que soit le type de mouvement choisi. Le point de départ, c’est de comprendre quels gestes concrets fonctionnent et pourquoi la régularité compte plus que l’intensité.
Douleurs lombaires au bureau : ce qui se passe quand on ne bouge pas
Une journée de télétravail sans pause active suffit à raidir les fléchisseurs de hanche. Le psoas, raccourci en position assise prolongée, tire sur les vertèbres lombaires et crée une tension permanente. Ce n’est pas une fragilité structurelle, c’est un problème mécanique lié à l’immobilité.
La sédentarité aggrave aussi la perte de tonus des muscles profonds du tronc, notamment le transverse abdominal et les multifides. Ces muscles stabilisent la colonne sans qu’on y pense, mais ils s’atrophient vite quand on ne les sollicite plus.
Le piège, c’est de croire qu’il faut un programme lourd pour y remédier. Une revue de 18 guides de pratique clinique publiée en 2024 dans le Journal of Science and Medicine in Sport confirme que tous les guides préconisent l’exercice sans imposer un type unique (Pilates, renforcement, stretching, McKenzie). On choisit ce qu’on peut tenir dans la durée.
Exercices de mobilité lombaire à faire au sol
Le sol est le meilleur allié pour débuter : il supprime la gravité sur la colonne et permet de contrôler l’amplitude sans risque. Deux mouvements couvrent l’essentiel de la mobilisation lombaire.
Bascule du bassin allongé
On s’allonge sur le dos, genoux fléchis, pieds à plat. On écrase le bas du dos contre le sol en contractant les abdominaux, puis on relâche en laissant le dos se cambrer légèrement. Dix répétitions lentes, en respirant à chaque phase. Ce mouvement réveille le contrôle moteur du bassin, souvent perdu après des mois de position assise.
Dos creux, dos rond (cat-cow)
À quatre pattes, on alterne entre creuser le dos (regard vers le plafond) et arrondir le dos (regard vers le nombril). Chaque position se tient deux à trois secondes avant de passer à l’autre. On vise huit à dix cycles. L’amplitude augmente naturellement au fil des répétitions, sans forcer.

Renforcement du dos et des muscles stabilisateurs
La mobilité seule ne suffit pas si les muscles qui maintiennent la colonne restent faibles. Le renforcement cible deux chaînes musculaires distinctes : la chaîne antérieure (abdominaux profonds) et la chaîne postérieure (érecteurs du rachis, fessiers).
Gainage ventral sur les genoux
La planche classique sur les pieds est souvent trop exigeante pour un dos douloureux. On commence sur les genoux, avant-bras au sol, corps aligné des épaules aux genoux. On maintient la position vingt à trente secondes en serrant le ventre. Le bas du dos ne doit jamais se creuser pendant le gainage : c’est le signal d’arrêt.
Extension lombaire (superman adapté)
Allongé face contre sol, bras le long du corps. On décolle légèrement le buste du sol en contractant les muscles du bas du dos, on tient trois secondes, on redescend. Dix répétitions. Si on ressent une douleur franche (pas une simple tension), on réduit l’amplitude ou on passe au mouvement suivant.
Les retours varient sur ce point : certaines personnes trouvent le superman inconfortable au début, surtout en cas de raideur importante. Commencer par des amplitudes très réduites permet de jauger la tolérance.
Étirement du psoas et des ischio-jambiers pour le bas du dos
Le psoas raccourci et les ischio-jambiers tendus sont deux facteurs mécaniques qui augmentent la compression lombaire. Les étirer régulièrement décharge la colonne de façon mesurable.
- Étirement du psoas : on se met en position de fente, genou arrière au sol. On pousse le bassin vers l’avant jusqu’à sentir un étirement à l’avant de la hanche arrière. Trente secondes par côté, sans à-coups.
- Étirement des ischio-jambiers : assis au sol, une jambe tendue, l’autre repliée. On se penche vers le pied tendu en gardant le dos droit. L’étirement se ressent derrière la cuisse, pas dans le dos. Si la douleur migre vers les lombaires, on a dépassé l’amplitude utile.
- Torsion au sol : allongé sur le dos, on ramène un genou vers la poitrine puis on le laisse tomber du côté opposé, bras en croix. Ce mouvement décomprime les facettes articulaires lombaires et soulage les tensions accumulées en fin de journée.

Régularité des exercices lombaires : pourquoi dix minutes valent mieux qu’une heure
Le problème principal n’est pas le choix de l’exercice. C’est l’abandon après deux semaines. Les recherches récentes sur la télérééducation (exercices via application avec suivi à distance) montrent que la régularité d’un programme court réduit la douleur plus efficacement que des séances longues espacées.
Concrètement, on obtient de meilleurs résultats avec dix minutes quotidiennes qu’avec une heure le dimanche. Le dos répond à la fréquence de sollicitation, pas au volume.
Quelques repères pour installer la routine :
- Associer les exercices à un moment fixe (avant la douche, après le déjeuner) plutôt qu’à une heure précise.
- Commencer par trois mouvements seulement. Ajouter un exercice par semaine si la tolérance est bonne.
- Suivre sa progression sur la durée de maintien ou le nombre de répétitions, pas sur la douleur du jour (elle fluctue).
La mise à jour 2026 du guideline NICE sur la lombalgie et la sciatique maintient l’exercice comme pilier central de la prise en charge, tout en resserrant les recommandations sur les thérapies associées. Le message reste le même : bouger régulièrement protège mieux le dos que n’importe quel traitement passif. Le premier mouvement à faire, c’est celui qu’on fera encore dans un mois.