Les flux nets vers l’assurance-vie atteignent des niveaux que le marché français n’avait plus connus depuis deux décennies. Derrière ce regain, un basculement de rapport de force entre produits d’épargne réglementés et contrats multisupports mérite d’être mesuré. Quels indicateurs expliquent ce transfert, et quelles contraintes récentes modifient la donne pour les investisseurs ?
Écart de rendement entre fonds en euros et Livret A en 2026
Le point de bascule se lit dans un seul chiffre : le Livret A est tombé à 1,50 % début 2026, tandis que le rendement moyen des fonds en euros servi sur 2025 s’établissait autour de 2,63 % selon l’ACPR. L’écart, supérieur à un point, n’existait plus depuis plusieurs années.
| Placement | Rendement de référence | Garantie du capital | Fiscalité après 8 ans |
|---|---|---|---|
| Livret A | 1,50 % (taux en vigueur 2026) | Oui (État) | Exonération totale |
| Fonds en euros (moyenne) | 2,63 % (ACPR, 2025) | Oui (assureur) | Abattement annuel sur les gains |
| Unités de compte (UC) | Variable, risque de perte en capital | Non | Abattement annuel sur les gains |
Le Livret A conserve son rôle d’épargne de précaution liquide et défiscalisée. En revanche, pour un horizon supérieur à trois ou quatre ans, la différence de rendement pousse mécaniquement les versements vers les contrats d’assurance-vie.
France Assureurs a enregistré 17,6 milliards d’euros de versements en avril 2026, soit le meilleur mois d’avril jamais observé. La collecte nette ce même mois a atteint 5,2 milliards d’euros, un record historique pour cette période.

Bonus de rendement conditionnels : ce que les assureurs exigent vraiment
Plusieurs assureurs proposent désormais des bonus sur le taux servi du fonds en euros, parfois annoncés autour de 1 à 1,5 point supplémentaire. Ces offres sont conditionnées à un investissement minimum en unités de compte, souvent fixé à 30 % ou plus du versement.
Le mécanisme repose sur un calcul simple pour l’assureur : les UC génèrent des frais de gestion plus élevés et transfèrent le risque de marché au souscripteur. Le bonus rémunère l’acceptation de ce risque, pas la fidélité du client.
- Un bonus de rendement conditionnel n’est ni garanti ni reconductible d’une année sur l’autre. L’assureur peut le modifier ou le supprimer.
- La part investie en UC reste exposée aux fluctuations des marchés, ce qui peut annuler le gain obtenu sur le fonds en euros.
- Certains contrats imposent une durée minimale de détention des UC pour que le bonus soit effectivement versé.
Avant de souscrire sur la base d’un taux bonifié, la lecture des conditions générales du contrat permet de vérifier si la contrainte en unités de compte correspond réellement au profil de risque de l’investisseur.
Décret 2026-341 : un nouveau cadre pour les unités de compte
Le décret n° 2026-341, entré en vigueur le 6 mai 2026, a modifié les règles de référencement des supports d’investissement dans les contrats d’assurance-vie. Il interdit désormais le référencement de nouveaux « autres FIA » non réglementés comme unités de compte et renforce l’encadrement des supports immobiliers et du capital-risque.
Cette mesure répond à un constat : certains contrats multisupports intégraient des véhicules peu liquides ou difficiles à valoriser, sans que le souscripteur mesure toujours le risque associé. Le décret 2026-341 restreint l’accès aux supports non réglementés pour les nouvelles souscriptions, mais ne concerne pas les UC déjà présentes dans les contrats existants.
Conséquences sur la gestion des contrats
Pour les épargnants déjà investis sur des supports immobiliers type SCI ou SCPI au sein de leur assurance-vie, aucun arbitrage forcé n’est prévu. Les contrats en cours conservent leurs unités de compte.
En revanche, les assureurs qui souhaitent proposer de nouveaux supports de capital-investissement ou immobiliers devront respecter des exigences de transparence et de liquidité plus strictes. Cela pourrait réduire le nombre de supports disponibles dans les contrats les plus récents, tout en améliorant la qualité de l’information délivrée au souscripteur.

Assurance-vie et ETF : une combinaison encore sous-exploitée
Les ETF (fonds indiciels cotés) restent minoritaires dans l’offre d’unités de compte des contrats d’assurance-vie, alors qu’ils affichent des frais de gestion nettement inférieurs aux OPCVM classiques. Quelques contrats en ligne en proposent plusieurs dizaines, mais la majorité des contrats distribués en réseau bancaire n’en référencent qu’une poignée.
L’intérêt d’un ETF dans une enveloppe d’assurance-vie tient à la combinaison de frais réduits et d’un cadre fiscal avantageux après huit ans. Sur un horizon long, la différence de frais entre un ETF à 0,25 % par an et un fonds actif à 1,80 % par an modifie significativement la performance nette du contrat.
- Vérifier le nombre d’ETF disponibles avant de souscrire un contrat, car l’offre varie considérablement d’un assureur à l’autre.
- S’assurer que les frais d’arbitrage entre supports ne viennent pas annuler l’avantage tarifaire des ETF.
- Privilégier les contrats permettant la gestion libre si l’objectif est de piloter soi-même l’allocation entre fonds en euros et ETF.
L’assurance-vie gagne en pertinence quand le souscripteur choisit activement ses supports plutôt que de se limiter à la gestion par défaut proposée par l’assureur.
Le retour massif des versements vers l’assurance-vie repose sur un différentiel de rendement mesurable et sur un cadre fiscal qui reste favorable. Le décret de mai 2026 ajoute une couche de protection sur la qualité des supports proposés. La donnée à surveiller dans les prochains mois reste l’évolution du taux du Livret A : c’est elle qui déterminera si le flux d’épargne continue de se déplacer vers les contrats multisupports ou s’il se stabilise.